Y a plus d’jeunesse…

« Y a plus de d’jeunesse ! » Ce n’était pas du patois de Fraimbois, non, simplement une expression, un raccourci verbal qu’utilisait à tout propos le vieil ami du Paul pour exprimer son désarroi, son inquiétude face à cette jeunesse qui savait tout, qui se mêlait de tout, qui donnait son avis sur tout.

« Même mon petit fils, je l’aime bien, mais souvent j’ai l’impression qu’il me prend pour une vieille baderne. Tu parles, je n’ai même pas internet ! »

Justement, le petit fils en question, un jeune gars de 15 ans à peine, approchait, annonçant à son papy : « Tu viens avec moi ? Je vais à Lunéville manifester contre la réforme des retraites ».

« Sacré gosse », pestait le vieux, « Et si je vais manifester, tu viendras traire ma vache et soigner mes lapins ? »

Le Paul ne disait mot, préférant, en matière de politique comme en matière de religion, rester discret : l’amitié ne s’en porte que mieux.

Et son ami de poursuivre : « Sais-tu, gamin, qu’à ton âge, moi, loin de manifester, je travaillais déjà ? »

Et son petit fils, hilare, de répondre : « Je sais, papy, je sais. A mon âge, tu travaillais déjà ! Et bien, rassure-toi, à ton âge, moi, je travaillerai encore ! »