En bon grand père, le Paul était toujours le premier à défendre son petit fils : « Mais non, Jean n’est pas un voyou. C’est tout au plus un garnement ne songeant qu’à jouer. Après tout, c’est normal, à dix ans… ».
Ce garnement, parfois, exagérait, comme ce jour où, avec des copains, il avait lesté le chat de la voisine d’une casserole à la queue. La femme du Paul l’aurait presque approuvé, tant les rapports entre les deux voisines étaient parfois tendus. Son ami, comme lui, s’en gaussait pendant qu’elles se chamaillent, elles sont quittes de nous houspiller !
Et puis, ce n’était rien, souvent que trouilles passagères. Mieux valait se réconcilier pour commenter les potins du village.
Pourtant, en ce début d’année, l’affaire semblait sérieuse : tête qui se détourne, portes et fenêtres qui se ferment sans un regard, sans un salut, pour sûr, la voisine était en colère.
Le gosse, interrogé, n’avoué rien, non il n’avait rien fait. Pas de vitres brisées, pas de chat malmené, rien. La voisine ? Il lui avait même souhaité la bonne année, récoltant un bonbon pour sa peine.
Intrigué, le Paul décide de mener son enquête. Sachant son vieux copain occupé à débiter un chêne en son hagis, il le rejoint bientôt, questionnant :
« Ton épouse a l’air bien morose. La mienne aurait-elle… »
« Ta femme, non. Mais ce sacré gamin… »
« Il a encore fait des dégâts ? »
« Il l’a blessée… »
« Blessée ! »
« Bigre ! il fallait le dire, l’assurance… »
« L’assurance ! Pour les blessures d’amour propre, je ne crois pas qu’il y ait d’assurance ! ».
« Il aurait été impoli ? »
« Que oui, c’était le jour du nouvel an. Il est venu lui présenter ses vœux : je vous souhaite une bonne année de pain tendre »
« Et alors, c’était gentil »
« Oh oui, c’est ce que ma femme a dit : « C’est très gentil à toi, mon petit Jean, de penser à mes vieilles dents.. »
« Décidément, je ne vois pas… »
« Tu vas comprendre. En sortant, le gamin, hilare, s’est retourné en ajoutant : oui, une bonne année de pain tendre. Que la mie vous étouffe et la croûte vous étrangle ! »

