Remède de cheval

Lors de ses fréquentes incursions à Fraimbois, il arrivait au Paul de rencontrer une de ses « anciennes » avec laquelle il était resté lié d’amitié. Par tradition, bien que n’étant plus maintenant l’un et l’autre très jeunes, il ne pouvait s’empêcher de lui « conter fleurette », manière de plaisanter : « Bonjour ma belle, tu es, aujourd’hui encore, en beauté… ». Mais ce jour là, il avait aussitôt remarqué l’air préoccupé de la dame.

« Ça ne va pas ? »

« Si, si, mais c’est mon mari. Je crois qu’il est atteint de fièvre catarrhale… »

« De fièvre cathédrale ? Qu’est-ce que c’est que ce truc là ? »

« Catarrhale, catarrhale Paul, pas cathédrale. La langue bleue, si tu préfères. A force de soigner tous ces bovins malades, ça devait arriver ».

Il est vrai que l’intéressé, vétérinaire proche de la retraite, avait eu l’occasion de fréquenter tous les virus et microbes du canton !

« Et alors ? »

« Alors, je l’ai emmené à Magnières, consulter le docteur. Mais, tu connais mon époux, bougon comme il est, quand le praticien lui a demandé « Alors, cher confrère, où donc avez-vous mal ? » Il n’a pu s’empêcher de répliquer : « Quand je soigne une vache, elle ne me dit pas où elle a mal ».

Le Paul était guère étonné. Il connaissait l’individu, brave homme certes, mais n’aimant guère avouer ses faiblesses et rabrouant quiconque osait s’inquièter de sa santé.

« Et alors, que lui a répondu le toubib ? »

« Rien, rien ». Il s’est mis à soigneusement l’ausculter puis, se tournant vers moi, il a simplement déclaré « Et bien, madame, vous allez lui administrer matin et soir cette potion pendant une semaine, et si alors sa langue est toujours bleue, vous le ferez conduire à l’abattoir ! »