Décidément, en cette fin d’année, l’ambiance était morose, à Fraimbois comme ailleurs. Le temps maussade, les rumeurs de récession, la crainte du chômage, le prix du fuel surtout n’avaient rien de bien réjouissant. Et puis, cette mort subite de la seule gloire du village, le directeur de la caisse de crédit, sans doute terrassé par les soucis que lui causaient la crise financière.
Le Paul, bien sûr, assistait à l’inhumation, accompagné de son vieil ami. La cérémonie s’achevait, une foule d’amis, de voisins, de collègues se pressait autour du caveau familial. Le prêtre avait à peine achevé sa dernière bénédiction qu’un des fils du défunt l’aîné, prit la parole : « Notre père avait souhaité, c’est une tradition familial, que chacun d’entre nous trois, ses fils, lui donne cent euros pour financer son dernier voyage. Je m’exécute volontiers. »
Le Paul, gêné par la foule, le vit vaguement déposer un billet sur le cercueil, alors que le second fils, puis le troisième, s’approchaient. Aux murmures de l’assistance, il devina bien que quelque chose d’insolite se passait mais il lui fallut attendre que son ami, installé lui au premier rang en tant que cousin du défunt, lui explique sur le chemin du retour.
« Le dernier fils ! C’est un malin ! Il sera dans la finance comme son père ! Au moment de déposer l’obole, il a prétendu n’avoir sur lui que son chéquier. Alors, il a fait un chèque au nom du défunt, un chèque de 300 euros et empoché les deux billets ! »

