Quand le bouc ami sert

Décidément, l’Europe avait du bon. Cette fameuse « ICHN », par exemple, cette Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels qui avait fortement contribué à la résurrection du troupeau d’ânes, voici qu’elle boostait maintenant la réintroduction des chèvres dans nos villages. Opération fort sympathique, tant la chèvre est un animal plaisant, et ses chevreaux si attachants, coqueluche des enfants. Oui, mais voilà, pour avoir des cabris, chèvre ne suffit pas. Il faut aussi, bien sûr, pouvoir la mettre au bouc’. Heureusement, pour le canton, il y avait Frambois et sa doyenne qui justement, allez savoir pourquoi, alors qu’elle n’avait plus depuis belle lurette ni chien, ni chat, ni poules, ni lapins, possédait un magnifique bouc cornu, barbu et puant à souhait : « Je ne saurais m’en séparer, affirmait-elle, je l’ai élevé au biberon… ».

Tout allait donc pour le mieux quand le noble animal, sans doute après avoir pris froid en cet été pourri, s’en vint à larmoyer, bêler, refusant même de manger. Affolement de la grand mère qui se confie au Paul venu rendre visite à son vieil ami. Toujours prêt à rendre service, le Paul réconforte l’aïeule : « Rassurez-vous : le vétérinaire, justement, est chez mon fils, en train de vacciner son troupeau. Je cours le chercher ».

Sitôt dit, sitôt fait. Une heure s’est à peine écoulée que réapparaît le Paul suivi du jeune vétérinaire. Celui-ci après avoir ausculté l’animal annonce, rassurant « C’est une simple pneumonie. Avec ces antibiotiques et deux ou trois journées au chaud, il sera vite rétabli ». Puis, regardant autour de lui, il constate : « Cette écurie est bien trop froide, humide, en plein courant d’air. Vous n’auriez pas, pour quelques jours, une pièce chauffée, puisque, décidément, cette année, le soleil est fâché ».

« Si, si, dit l’aïeule, j’ai ma chambre, c’est le seul endroit où je fais en ce moment du feu… ».

« Votre chambre, s’étonne le véto, vous n’y pensez pas, et l’odeur ! ».

Et l’ancêtre de répliquer: « L’odeur, l’odeur, il faudra bien qu’il s’habitue ! »