Jamais encore le Paul n’avait vu son ami si morose : « Ils se moquent de moi », répétait il en buvant son café. « Ils se moquent de moi … »
Ils , c’étaient les joueurs de foot du secteur de Fraimbois, une équipe de jeunes que son ami avait entrepris de former à la dure.

Ce que le Paul avait compris, c’est que ces garnements, convoqués un dimanche à la Bresse pour une journée de décrassage, ne s’y étaient pas présentés !
« Le premier avait une excuse : à cause de cette grève des pompistes, il était arrivé par le train à Gérardmer. Mais nul taxi pour l’acheminer à la Bresse : tous en panne sèche !

Alors il contacta un paysan de ses amis qui devait le conduire à bon port en calèche ! Tu trouves çà plausible Paul ?. »
« pourquoi pas en ces temps de pénurie …. »
« Oui mais voilà, il paraît qu’en montant le col de grosse Pierre, le cheval s’est soudain effondré, épuisé ! »
« Et les autres ? »
» C’est là que je me demande … Les autres aussi, faute de carburant, avaient eu recours au cheval. Même solution, même punition. A croire que les chevaux vosgiens sont victimes d’une épidémie ! »
Le Paul soupçonneux interroge :
» ET mon petit fils, lui au moins, il pouvait être là. Il n’avait pas d’excuses puisque la voiture de son père roule à l’huile de colza ! »
« Penses tu ! Absent comme les autres. Et le lendemain, il m’a dit être arrivé sans problème aux abords de la Bresse grâce son carburant maison «
Et alors ? »
» Alors ? Il prétend qu’au col de Grosse Pierre la route était barrée par un tas de chevaux crevé ! «

